1 244 euros. C’est le montant moyen acquitté en 2023 par les propriétaires français au titre de la taxe foncière, toutes catégories de logements confondues. Un chiffre qui fait grincer des dents, et qui n’épargne pas ceux qui louent leur bien en meublé. Mais au-delà de cette statistique, une certitude demeure : l’addition, elle, reste toujours pour le propriétaire. Alors que certains s’imaginent pouvoir la refiler au locataire, la réalité fiscale se montre autrement plus stricte.
Dans le cas d’un logement meublé, le propriétaire ne se contente pas de régler la taxe foncière. La fiscalité se densifie : une autre taxe, la cotisation foncière des entreprises (CFE), vient parfois s’ajouter, souvent ignorée ou mal comprise. Ce qui distingue la location meublée d’une location vide, c’est justement cette superposition d’obligations fiscales. Attention, la confusion entre les deux taxes n’a rien d’anecdotique : des erreurs fréquentes de déclaration ou de paiement peuvent mener à des ajustements fiscaux salés.
Location meublée : comprendre les principales taxes qui s’appliquent
Louer en meublé ne se limite pas à poser quelques meubles et signer un contrat. Côté fiscalité, le parcours ressemble parfois à un labyrinthe, avec plusieurs impôts et contributions spécifiques qui s’empilent selon la situation. Voici les principales taxes et contributions à anticiper quand on se lance dans la location meublée :
- Taxe foncière : tous les propriétaires la paient, que le logement soit occupé, vacant, principal ou secondaire. Loueur en meublé non professionnel (LMNP) ou professionnel (LMP), le principe ne change pas : c’est toujours au propriétaire de passer à la caisse, sans possibilité de faire porter cette charge au locataire.
- Cotisation foncière des entreprises (CFE) : la location meublée, même à titre non professionnel, est considérée comme une activité. La CFE s’applique donc, que l’on relève du micro-BIC ou du régime réel, dès lors que l’activité est régulière. Exception notable : louer une partie de son logement principal, dans des conditions très encadrées, peut permettre d’y échapper.
- Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) : adossée à la taxe foncière, elle peut être refacturée au locataire, à condition que le bail le mentionne noir sur blanc.
- Taxe de séjour : pour les locations saisonnières, elle s’applique et doit être collectée par le propriétaire, puis reversée à la commune.
- Taxe d’habitation : supprimée pour les résidences principales, mais elle subsiste sur les résidences secondaires et certains logements vacants.
Chaque statut, chaque régime fiscal, chaque type de bien modifie la donne. Les impôts locaux, le choix entre LMNP et LMP, les spécificités du bien, tout entre en ligne de compte. Difficile de s’y retrouver sans vigilance, d’autant que la réglementation évolue souvent, et que la moindre erreur peut coûter cher.
Qui est redevable de la taxe foncière et de la CFE en location meublée ?
La règle est sans appel : la taxe foncière concerne exclusivement le propriétaire du logement. Que le bien soit loué vide ou meublé, en résidence principale ou secondaire, le locataire n’a aucun paiement à effectuer à ce titre. Même logique pour un bailleur en LMNP ou LMP, peu importe le régime fiscal retenu. L’administration fiscale ne laisse aucun doute planer sur ce point : la taxe foncière ne se partage pas, elle repose intégralement sur le bailleur.
Concernant la cotisation foncière des entreprises (CFE), la donne change. Toute personne qui tire des revenus réguliers d’une location meublée, qu’elle soit professionnelle ou non, doit s’en acquitter. Ni le régime micro-BIC, ni le réel n’y échappent, à moins de bénéficier d’une exonération (très rare, comme dans le cas d’une location d’une pièce de la résidence principale avec plafond de recettes). La CFE vise ainsi toute activité de location meublée perçue comme habituelle.
Pour les charges annexes, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) fait exception : elle peut être récupérée sur le locataire, à condition que le bail l’indique. Mais tant la taxe foncière que la CFE restent, elles, en dehors du champ de refacturation. Ce partage des rôles entre propriétaire et locataire structure la fiscalité de la location meublée et définit les obligations de chacun face à l’administration.
Cas particuliers et situations fréquentes : ce que doivent savoir les propriétaires
Depuis la suppression de la taxe d’habitation sur la résidence principale, certains croient en avoir fini avec cet impôt. Ce n’est pas si simple : la taxe d’habitation reste applicable aux résidences secondaires, aux logements vacants, et parfois aux biens loués en saisonnier. Si le logement n’est pas occupé en tant que résidence principale, l’impôt peut viser le propriétaire ou, dans quelques cas spécifiques, le locataire.
Pour une location meublée classique, la règle ne dévie pas : le propriétaire doit s’acquitter de la taxe foncière, qu’il soit LMNP ou LMP. La TEOM, elle, peut être récupérée si le bail le prévoit. Un point d’attention concerne la taxe de séjour, désormais incontournable pour les locations saisonnières : elle doit être collectée par le bailleur et reversée, sans se tromper, à la commune.
Exonérations et zones spécifiques
Certains propriétaires peuvent bénéficier de mesures spécifiques selon la localisation ou la nature du bien. Voici les principaux cas :
- Une exonération temporaire de taxe foncière est possible en zone France Ruralités Revitalisation (anciennement « zones de revitalisation rurale »), sous réserve de remplir les conditions requises.
- L’activité de location meublée professionnelle (LMP) n’ouvre pas droit à une exonération particulière sur la taxe foncière, mais elle permet d’accéder à des régimes fiscaux distincts, potentiellement plus avantageux dans la gestion globale de l’imposition.
Le statut du bien, sa localisation et les modalités d’occupation influencent donc directement l’application des différentes taxes. Un propriétaire averti prendra soin de bien identifier la situation de son logement et de rédiger un bail précis pour éviter toute mauvaise surprise.
Conseils pour optimiser sa gestion fiscale et éviter les erreurs courantes
Maîtriser le régime réel pour déduire plus efficacement
Le régime réel présente souvent un intérêt pour bon nombre de bailleurs LMNP : il ouvre la possibilité de déduire une large palette de charges, et surtout d’amortir le bien et le mobilier. Ce mécanisme vient alléger l’imposition sur les revenus locatifs. En pratique, il est vivement recommandé de s’entourer d’un comptable qui maîtrise les subtilités de ce régime, afin d’optimiser chaque poste fiscal et éviter les oublis préjudiciables. Pour une gestion rigoureuse, certaines vérifications et précautions s’imposent :
- Passez en revue chaque année le montant des taxes foncières et des charges récupérables, en particulier la TEOM, pour éviter toute erreur dans la refacturation au locataire.
- Si vous louez à l’année, mentionnez clairement dans le contrat les charges récupérables. Cela limite les contestations et sécurise la relation bailleur-locataire.
Ne négligez pas la CFE et la déclaration d’activité
La cotisation foncière des entreprises ne concerne pas que les grandes sociétés : de nombreux loueurs meublés y sont soumis, parfois sans le savoir. Ne faites pas l’impasse sur la déclaration d’activité au greffe, puis auprès du service des impôts des entreprises, sous peine de pénalités parfois lourdes. Autre vigilance : la taxe d’habitation, qui ne s’applique que si le logement n’est pas une résidence principale. Mieux vaut interroger les services fiscaux en cas d’incertitude sur la nature de l’occupation ou la durée du bail.
La gestion fiscale d’un logement meublé ne s’improvise pas. Suivre l’évolution de la réglementation, conserver tous les justificatifs, et s’appuyer sur un professionnel aguerri constituent les meilleurs remparts contre les mauvaises surprises. Bien averti, le bailleur navigue plus sereinement dans la complexité de la fiscalité immobilière.


